Recommandation No. 3 : Lutter pour l’avenir du secteur forestier du Canada

Le secteur forestier du Canada est depuis longtemps un pilier industriel dans de nombreuses régions et un important moteur de l’économie nationale. Cependant, le modèle industriel sur lequel il compte depuis des décennies montre aujourd’hui des signes évidents de crise.

Axé principalement sur la production et l’exportation de pâte de bois, de papier et, surtout, de bois d’oeuvre de résineux, cet écosystème est confronté à une série de transformations structurelles qui compromettent sa viabilité. Plusieurs segments traditionnels du secteur connaissent un déclin marqué. Par ailleurs, l’industrie du bois de sciage demeure extrêmement dépendante du marché américain, ce qui l’expose à la volatilité chronique des prix et à un différend commercial de longue date.

Cette situation a déjà pour conséquences des fermetures d’usine, des pressions accrues sur la rentabilité des entreprises et un risque de détérioration des conditions de travail, et ce, dans un secteur qui fournit depuis longtemps des emplois de grande qualité dans beaucoup de régions du pays. Les travailleurs forestiers, leurs familles et les communautés qui dépendent des activités forestières sont en difficulté et méritent un soutien immédiat et complet.

Le secteur forestier se trouve devant une double fragilité qui compromet son redressement. D’une part, l’approvisionnement en bois devient de plus en plus incertain et instable, en raison des effets cumulés des changements climatiques, dont les feux de forêt, les infestations d’insectes, les contraintes écologiques et les utilisations concurrentes des terres.

D’autre part, la piètre gestion des forêts – caractérisée par des cadres fragmentés, inefficaces et inadéquats, particulièrement dans les forêts publiques – nuit à la viabilité financière du secteur. Sans la modernisation responsable des pratiques de gestion forestière, la sortie de la crise semble peu probable, tout comme la capacité d’attirer les investissements privés nécessaires pour la transformation du secteur.

La création d’un secteur forestier responsable et inclusif nécessitera un engagement soutenu, constructif et respectueux avec les communautés autochtones, dans un esprit de réconciliation culturel, territorial et économique.

Parallèlement, l’utilisation accrue des produits du bois ici même au Canada, l’un des moyens les plus accessibles et opportuns d’atténuer un peu la pression, peine à se développer à grande échelle. Plusieurs produits du bois à plus forte valeur ajoutée actuellement disponibles ne sont pas déployés à leur plein potentiel et des innovations prometteuses ne sont pas mises sur le marché en raison d’investissements insuffisants et d’un marché intérieur incapable de soutenir leur déploiement.
Malgré ces signaux d’alarme, les interventions de l’État demeurent pour la plupart fragmentées et se bornent à parer au plus pressé. Le Canada ne s’est pas encore doté d’une stratégie industrielle intégrée capable de guider la modernisation de son secteur forestier, de soutenir l’adaptation de la chaîne de valeur et de mobiliser les outils de politiques publiques nécessaires pour structurer une nouvelle phase de développement. Enfin, le pays manque également de la capacité et des mécanismes nécessaires pour soutenir efficacement la main-d’oeuvre touchée par ces perturbations et assurer une transition juste.

À titre de présidente nationale d’Unifor, je recommande à notre syndicat de faire ce qui suit.

  • Demander aux gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux d’élaborer une stratégie industrielle nationale qui dresse l’inventaire des forces et des faiblesses du secteur forestier du Canada, fixe des priorités de développement à moyen et long terme, met en place des mesures urgentes pour soutenir la transition à court terme et mobilise tous les leviers législatifs et réglementaires pour les réaliser. Cette stratégie devrait prévoir la mise sur pied d’un comité directeur inclusif et donner aux effectifs la possibilité d’exprimer leur point de vue.
  • Militer auprès du gouvernement fédéral en faveur de la création d’un fonds dédié à la transformation du secteur, afin d’envoyer un message clair et de restaurer la confiance. Après des décennies de sous-investissement chronique dans plusieurs parties du secteur forestier, certaines installations sont dans un état de détérioration, ce qui complique la voie vers le renouveau. Toutefois, le financement public doit être conditionnel à la modernisation et à des investissements axés sur l’avenir. Les fonds publics ne doivent pas servir au maintien du statu quo.
  • Recommander une approche plus proactive et davantage axée sur l’avenir en vue de réaliser une transition juste pour les travailleuses et travailleurs et mettre immédiatement à leur disposition un fonds de transition dont ils ont un urgent besoin. Passer d’un modèle qui se borne à parer au plus pressé (p. ex. après une fermeture) à une approche préventive qui donne à la main-d’oeuvre et aux communautés les moyens de se préparer en vue des changements structurels qui surviendront dans le secteur. Les travailleuses et travailleurs ont besoin de lieux de travail stabilisés, et leur priorité est d’adapter les lieux de travail syndiqués de façon à maintenir leurs conditions de travail actuelles. En cas de perturbations plus importantes, ils ont besoin d’un soutien immédiat et fiable pour garder les effectifs au travail et d’une assistance globale pendant la transition.