Recommandations de la présidente nationale

  • Depuis l’inauguration du président Donald Trump, le Canada a subi de plein fouet une vague sans précédent d’attaques commerciales qui secouent l’économie mondiale. L’imposition de tarifs douaniers sur une vaste gamme de secteurs d’activité canadiens, notamment l’automobile, l’aluminium, les produits forestiers et l’acier, a entraîné des pertes d’emploi et des baisses d’investissement des deux côtés de la frontière. Après le départ de la table du gouvernement canadien, qui a refusé à juste titre de signer un accord commercial rempli de concessions avec l’administration Trump, la guerre commerciale menée par les États-Unis se poursuivra et elle s’aggravera probablement. Unifor doit être prêt à réagir.

    Dès la première vague de tarifs douaniers, les membres d’Unifor de toutes les régions et de tous les secteurs d’activité ont demandé aux gouvernements de répondre avec fermeté aux actions du président Trump, au moyen de contre-mesures musclées et en offrant un soutien complet aux travailleuses et travailleurs touchés. Peu de pays, à l’exception du Canada, ont pris Trump à partie. C’est en misant sur nos forces économiques, et non en cédant à tous les caprices du président américain, que nous parviendrons à résoudre ce différend commercial.

    Le Canada subit déjà depuis 10 mois les attaques commerciales de Donald Trump, et nous maintenons le cap malgré les vagues de tarifs douaniers américains imposés en vertu de prétextes et de justifications légales sans fondement. Le dernier lot de tarifs douaniers imposés contre le Canada en vertu de l’article 338 d’une loi de 1930 montre bien l’appétit du président pour les tactiques d’intimidation.

    Jusqu’à présent, il y avait des tensions au sein de la société civile concernant la meilleure manière de donner suite à ces attaques. Les banquiers de Bay Street, des groupes de défense des consommateurs et certaines entreprises croient que le Canada devrait céder aux pressions américaines et signer un accord, quel qu’en soit le prix. Le coût d’un mauvais accord pourrait être minime pour les négociants d’action et les financiers, mais serait beaucoup trop élevé pour les travailleuses et travailleurs.

    Toute décision qui compromet l’économie industrielle du Canada, notre secteur national des médias et nos normes réglementaires rigoureuses – tout ce dont les États-Unis souhaitent s’emparer – compromet aussi dans les faits notre souveraineté.

    Ce différend commercial dépasse grandement l’imposition de tarifs douaniers. Il concerne la capacité de notre pays à construire, à s’approvisionner et à déterminer les choses dont le Canada a besoin. Ce conflit concerne la protection des bons emplois syndiqués. Il porte sur la capacité du Canada à élaborer une politique commerciale qui vise l’intérêt commun et l’équité.

    En dépit des efforts remarquables du gouvernement, notamment de modestes contre-tarifs, une nouvelle stratégie d’approvisionnement Achetez canadien et le retrait des vins et spiritueux américains de nos tablettes, les secteurs manufacturier, métallurgique et forestier canadiens continuent de perdre des emplois et des investissements. Les travailleuses et travailleurs des secteurs du transport, de la logistique et des services subissent des pertes d’emploi à mesure que les investissements sont retirés du pays. Les travailleuses et travailleurs des médias et des télécommunications continuent d’être confrontés à des pertes d’emploi et à l’externalisation des emplois. De plus, alors que la demande insatiable pour l’énergie, la potasse et les minéraux du Canada est un net avantage national, notre chaîne de valeur en aval est sous-développée et notre capacité de transformation est en déclin.

    Il est inacceptable que les tarifs douaniers américains imposés sur les produits canadiens deviennent la « nouvelle normalité ». En effet, le Canada est différent de tous les autres partenaires commerciaux des États-Unis, car les chaînes d’approvisionnement des deux pays sont interreliées, la production de marchandises industrielles est conjointe et nous partageons un marché de consommation. Les États-Unis achètent la majeure partie de ce que le Canada produit, et vice-versa.

    C’est pourquoi, même le « plus petit tarif au monde », pour reprendre les mots du premier ministre, est encore un mauvais accord pour la main-d’oeuvre canadienne. Un tel accord mettrait en péril l’avenir de centaines de milliers d’emplois canadiens qui dépendent des exportations. Les membres d’Unifor ressentent directement cette insécurité et, grâce à notre campagne Protégeons les emplois au Canada, ils sont aux premières lignes de la bataille.

    En tant que présidente de votre syndicat, je veille à ce que nos voix soient entendues directement dans les hautes sphères du gouvernement. Récemment nommée membre du Comité consultatif du premier ministre Carney sur les relations canado-américaines, j’utiliserai cette plateforme cruciale pour garantir que la protection des emplois d’Unifor et l’imposition de mesures de rétorsion contre les tarifs douaniers américains demeurent au coeur de la stratégie commerciale du gouvernement fédéral.

    Compte tenu de l’incertitude commerciale persistante, de la révision en cours de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) et de la menace continue de tarifs américains, je propose les recommandations suivantes aux conseils régionaux, aux conseils sectoriels et aux sections locales d’Unifor :

    • Participer aux prochaines consultations menées par les gouvernements fédéral et provinciaux pour déterminer des contre-mesures efficaces contre l’attaque commerciale des États-Unis. Le syndicat national poursuivra sa collaboration avec le gouvernement fédéral, les ministres du Cabinet et tous les ministères fédéraux, pour demander que la stratégie des contre-mesures du Canada reflète les priorités d’Unifor, protège les bons emplois syndiqués et fasse progresser les efforts de développement industriel du syndicat.
    • Demander au gouvernement d’exercer des moyens de pression substantiels dans ce conflit commercial en cours, notamment dans les domaines où le Canada conserve un avantage économique.
    • Faire participer les conseils régionaux, les conseils sectoriels, les sections locales et les membres aux efforts d’organisation du fédéral et des provinces visant à protéger les emplois au Canada, afin que les hommes et les femmes politiques demeurent responsables envers les électeurs dont les emplois sont en jeu dans cette guerre commerciale.
    • Réaffirmer leur soutien à la campagne nationale d’Unifor, Protégeons les emplois au Canada et à ses appels à l’action. Utiliser cette campagne comme une plateforme sur laquelle élaborer des stratégies ciblant les différents secteurs et les efforts de mobilisation des membres, notamment en communiquant régulièrement des comptes rendus sur les faits nouveaux et d’autres communications aux sections locales.
  • Protéger l'intégrité des chaînes d'approvisionnement canadiennes en interdisant les marchandises produites en ayant recours au travail forcé est essentiel pour protéger les bons emplois au Canada et préserver les industries de la concurrence déloyale.

    La mise en place et le respect des normes de travail et des droits du travail fondamentaux doivent régir les chaînes d'approvisionnement mondiales afin de protéger les travailleuses et les travailleurs et d'éviter un « nivellement vers le bas » collectif.

    Les grandes entreprises doivent maintenir une approche transparente et responsable en matière de droit de la personne et du travail dans l'ensemble de leurs chaînes d'approvisionnement mondiales, de l'approvisionnement en matières premières à la transformation, à la fabrication et au transport jusqu'à la logistique et au commerce de détail.

    L'éradication de l'esclavage moderne est un impératif moral et économique ainsi qu'une responsabilité mondiale qui exige des stratégies coordonnées et des actions communes entre les gouvernements nationaux, les organisations internationales, les syndicats et les employeurs. À titre de présidente nationale d'Unifor, je recommande que le syndicat prenne les mesures suivantes :

    • Militer en faveur d'une loi fédérale sur la diligence raisonnable complète et applicable au Canada visant à interdire de stricte l'importation de marchandises issues du travail forcé ou du travail des enfants, ou encore provenant de régions ayant des antécédents documentés et prouvés de violations étendues et systématiques des droits de la personne et du travail et/ou de crimes contre l'humanité;
    • Militer en faveur d'améliorations permettant de renforcer encore davantage le projet de loi C-35, la Loi concernant l’interdiction d’importer des marchandises produites par recours au travail forcé, de façon à rendre les importateurs imputables et à démontrer que les marchandises importées au Canada n'ont pas été produites en ayant recours au travail forcé.
    • Militer en faveur du rétablissement de l'ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises, un organisme indépendant responsable d'examiner de façon significative les plaintes et de réaliser une enquête en cas de possibles violations des droits de la personne et du travail par des entreprises canadiennes exerçant leurs activités commerciales à l'échelle mondiale;
    • Militer en faveur de solides politiques et vérifications en matière d'approvisionnement pour les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux qui permettent d'empêcher les vendeurs, les fournisseurs et les entrepreneurs de recevoir des contrats publics s'ils ne sont pas en mesure de démontrer leur respect des droits et des normes de la personne et du travail reconnus au pays et à l'échelle mondiale dans l'ensemble de leurs chaînes d'approvisionnement;
    • Promouvoir l'inclusion de chapitres robustes et contraignants sur le travail dans toutes les ententes commerciales bilatérales et multilatérales négociées par le Canada afin d'améliorer le respect des droits de la personne et les conditions de travail, en incluant des mécanismes significatifs d'application ainsi que des processus de résolution rapide des litiges avec des sanctions commerciales;
    • Collaborer avec les organisations internationales alliées, les groupes de la société civile, les syndicats nationaux et les partenaires de la Global Union Federation afin de promouvoir la ratification, la mise en oeuvre et l'application des conventions internationales interdisant le recours au travail forcé et du travail des enfants.
  • Le secteur forestier du Canada est depuis longtemps un pilier industriel dans de nombreuses régions et un important moteur de l’économie nationale. Cependant, le modèle industriel sur lequel il compte depuis des décennies montre aujourd’hui des signes évidents de crise.

    Axé principalement sur la production et l’exportation de pâte de bois, de papier et, surtout, de bois d’oeuvre de résineux, cet écosystème est confronté à une série de transformations structurelles qui compromettent sa viabilité. Plusieurs segments traditionnels du secteur connaissent un déclin marqué. Par ailleurs, l’industrie du bois de sciage demeure extrêmement dépendante du marché américain, ce qui l’expose à la volatilité chronique des prix et à un différend commercial de longue date.

    Cette situation a déjà pour conséquences des fermetures d’usine, des pressions accrues sur la rentabilité des entreprises et un risque de détérioration des conditions de travail, et ce, dans un secteur qui fournit depuis longtemps des emplois de grande qualité dans beaucoup de régions du pays. Les travailleurs forestiers, leurs familles et les communautés qui dépendent des activités forestières sont en difficulté et méritent un soutien immédiat et complet.

    Le secteur forestier se trouve devant une double fragilité qui compromet son redressement. D’une part, l’approvisionnement en bois devient de plus en plus incertain et instable, en raison des effets cumulés des changements climatiques, dont les feux de forêt, les infestations d’insectes, les contraintes écologiques et les utilisations concurrentes des terres.

    D’autre part, la piètre gestion des forêts – caractérisée par des cadres fragmentés, inefficaces et inadéquats, particulièrement dans les forêts publiques – nuit à la viabilité financière du secteur. Sans la modernisation responsable des pratiques de gestion forestière, la sortie de la crise semble peu probable, tout comme la capacité d’attirer les investissements privés nécessaires pour la transformation du secteur.

    La création d’un secteur forestier responsable et inclusif nécessitera un engagement soutenu, constructif et respectueux avec les communautés autochtones, dans un esprit de réconciliation culturel, territorial et économique.

    Parallèlement, l’utilisation accrue des produits du bois ici même au Canada, l’un des moyens les plus accessibles et opportuns d’atténuer un peu la pression, peine à se développer à grande échelle. Plusieurs produits du bois à plus forte valeur ajoutée actuellement disponibles ne sont pas déployés à leur plein potentiel et des innovations prometteuses ne sont pas mises sur le marché en raison d’investissements insuffisants et d’un marché intérieur incapable de soutenir leur déploiement.
    Malgré ces signaux d’alarme, les interventions de l’État demeurent pour la plupart fragmentées et se bornent à parer au plus pressé. Le Canada ne s’est pas encore doté d’une stratégie industrielle intégrée capable de guider la modernisation de son secteur forestier, de soutenir l’adaptation de la chaîne de valeur et de mobiliser les outils de politiques publiques nécessaires pour structurer une nouvelle phase de développement. Enfin, le pays manque également de la capacité et des mécanismes nécessaires pour soutenir efficacement la main-d’oeuvre touchée par ces perturbations et assurer une transition juste.

    À titre de présidente nationale d’Unifor, je recommande à notre syndicat de faire ce qui suit.

    • Demander aux gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux d’élaborer une stratégie industrielle nationale qui dresse l’inventaire des forces et des faiblesses du secteur forestier du Canada, fixe des priorités de développement à moyen et long terme, met en place des mesures urgentes pour soutenir la transition à court terme et mobilise tous les leviers législatifs et réglementaires pour les réaliser. Cette stratégie devrait prévoir la mise sur pied d’un comité directeur inclusif et donner aux effectifs la possibilité d’exprimer leur point de vue.
    • Militer auprès du gouvernement fédéral en faveur de la création d’un fonds dédié à la transformation du secteur, afin d’envoyer un message clair et de restaurer la confiance. Après des décennies de sous-investissement chronique dans plusieurs parties du secteur forestier, certaines installations sont dans un état de détérioration, ce qui complique la voie vers le renouveau. Toutefois, le financement public doit être conditionnel à la modernisation et à des investissements axés sur l’avenir. Les fonds publics ne doivent pas servir au maintien du statu quo.
    • Recommander une approche plus proactive et davantage axée sur l’avenir en vue de réaliser une transition juste pour les travailleuses et travailleurs et mettre immédiatement à leur disposition un fonds de transition dont ils ont un urgent besoin. Passer d’un modèle qui se borne à parer au plus pressé (p. ex. après une fermeture) à une approche préventive qui donne à la main-d’oeuvre et aux communautés les moyens de se préparer en vue des changements structurels qui surviendront dans le secteur. Les travailleuses et travailleurs ont besoin de lieux de travail stabilisés, et leur priorité est d’adapter les lieux de travail syndiqués de façon à maintenir leurs conditions de travail actuelles. En cas de perturbations plus importantes, ils ont besoin d’un soutien immédiat et fiable pour garder les effectifs au travail et d’une assistance globale pendant la transition.
  • Au cours de cette année, Unifor a repensé et actualisé son programme de négociation, en mettant l’accent sur les enjeux urgents auxquels sont confrontés ses membres. Ce programme a été élaboré à partir des expériences vécues par les membres, de nos difficultés et de nos succès à la table de négociation, ainsi qu avec les précieuses contributions des dirigeantes et dirigeants syndicaux des sections locales.

    Il ressort clairement des contributions qui ont alimenté le programme que nous traversons une période difficile. La guerre commerciale avec les États-Unis, l’intelligence artificielle, la polarisation politique et l’incertitude économique font peser des risques sans précédent sur nos modes de vie et de travail.

    La négociation collective reste l’outil le plus puissant dont disposent les travailleuses et les travailleurs pour lutter directement contre ces difficultés. Ce processus transformateur permet de rétablir l’équilibre des pouvoirs au sein de la société, de s’attaquer aux problèmes et situations complexes vécus par nos membres et de préserver les emplois essentiels. Chaque séance de négociation est une nouvelle occasion d’améliorer les conditions de travail des travailleurs et travailleuses canadiens.

    En tant que présidente nationale d’Unifor, je recommande que :

    • les déléguées et délégués d’Unifor approuvent le nouveau programme national de négociation collective du syndicat – ainsi que toute modification convenue – tel qu’il a été présenté et débattu lors du Conseil canadien à Ottawa;
    • Unifor continue à développer des ressources pour soutenir les sections locales, les comités de négociation et les représentantes et représentants nationaux à l’approche des négociations, et à évaluer dans quelle mesure nous parvenons à négocier les recommandations énoncées dans le programme;
    • les directions des sections locales transmettent et communiquent le programme de négociation collective aux comités de négociation et à l’ensemble des membres.